Le Journal de Merer : Le Papyrus de 4 500 Ans qui Révèle Comment Fut Construite la Grande Pyramide
Qu'est-ce que le Journal de Merer ?
Le Journal de Merer est un ensemble de rouleaux de papyrus rédigés vers 2565 av. J.-C., durant la vingt-septième année du règne de Khéops. Il fut tenu par Merer, un fonctionnaire portant le titre de sehedj, « inspecteur », à la tête d'une équipe d'environ 200 hommes. Les textes couvrent près de trois mois de travail quotidien, consacrés surtout au transport par bateau de blocs de calcaire des carrières de Tourah jusqu'à Gizeh.
Certains l'appellent les Rouleaux de la mer Rouge, du nom du site où il fut découvert. Mais ce n'est ni un texte royal ni religieux : c'est un document de travail, rédigé par quelqu'un qui ignorait que ses notes survivraient au revêtement d'origine de la pyramide.
Ouadi al-Jarf : le plus ancien port d'Égypte
Le journal de Merer a refait surface à Ouadi al-Jarf, un port de la mer Rouge plus ancien que tout autre port connu au monde. Le voyageur britannique John Gardner Wilkinson repéra les ruines en 1823, les prenant pour une nécropole gréco-romaine. L'égyptologue français Pierre Tallet en confirma la véritable datation en reprenant les fouilles en 2008.
L'équipe de Tallet établit qu'Ouadi al-Jarf fut actif sous Snéfrou puis sous le règne de Khéops, pour soutenir des expéditions vers les mines de cuivre et de turquoise du Sinaï. En 2013, en fouillant des galeries de calcaire autrefois utilisées pour abriter des bateaux, l'équipe découvrit des fragments de papyrus scellés dans les parois lors de la fermeture du port.
Dans le registre de Merer
Il ne s'agit pas d'un journal unique, mais de plusieurs documents, chacun consacré à une tâche différente.
Papyrus A et B consignent la mission principale : l'acheminement du calcaire de Tourah à Gizeh, sur environ 15 à 20 km, selon un format journalier à deux colonnes qui mentionne même un port artificiel à Gizeh, Ro-Shé Khéops.
Papyrus E couvre environ six mois de traversées de la mer Rouge, pour transporter travailleurs, vivres et cuivre depuis le Sinaï — reliant directement l'équipe de Merer à Ouadi al-Jarf.
Papyrus H consigne les rations versées à l'équipe — pain, bière, céréales — selon une présentation comparable à un tableau comptable moderne.
Ce que le journal révèle sur la construction de la Grande Pyramide
Une question revient sans cesse : les pyramides furent-elles construites par des esclaves ? Le journal de Merer constitue une preuve solide du contraire.
Son équipe était composée de travailleurs salariés de l'État, suivis et payés en rations, alternant entre les carrières, le port et les traversées maritimes plutôt qu'assignés à une seule tâche épuisante. La comptabilité minutieuse du registre témoigne d'une administration organisée, non d'un travail forcé. Ce constat rejoint d'autres preuves trouvées à Gizeh, notamment des cimetières d'ouvriers présentant des signes de soins médicaux. Merer y ajoute un élément unique : un témoignage à la première personne d'une journée de travail ordinaire, rédigé par celui qui l'a vécue.
Ankh-haf : l'homme qui dirigeait les travaux de la pyramide
Le registre de Merer nomme son supérieur : Ankh-haf, demi-frère de Khéops, mentionné ailleurs comme « chef de tous les travaux du roi » — l'équivalent moderne d'un directeur de projet. Une entrée indique que Merer passa une journée à travailler « avec le noble Ankh-haf, directeur de Ro-Shé Khéops », un rare témoignage direct d'un fonctionnaire nommé supervisant activement les dernières phases de la construction de la pyramide.
Pourquoi cette découverte est importante
Zahi Hawass, ancien inspecteur en chef du plateau de Gizeh, l'a qualifiée de l'une des découvertes les plus importantes faites en Égypte ce siècle — non pas seulement pour son ancienneté, mais pour ce que celle-ci permet de comprendre.
Les inscriptions royales racontent l'histoire de la pyramide du point de vue du pharaon : triomphale, conçue pour durer éternellement. Le registre de Merer la raconte de l'intérieur — les rotations aux carrières, le décompte des rations qui ont réellement déplacé la pierre. C'est la documentation logistique d'un monument, une source rarement disponible pour un édifice aussi ancien.